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Hommage à Jean Moulin.

Publié le par Lucie-y

 Hommage à Jean Moulin.

Un demi-siècle après le transfert de ses cendres au Panthéon, le 19 décembre 1964, Jean Moulin (1899-1943) incarne toujours le héros-résistant, ancré dans la mémoire collective française, symbole de la lutte secrète contre l'occupant. La photo de Marcel Bernard montrant Jean Moulin coiffé d'un chapeau, d'une écharpe camouflant sa gorge, vêtu d'un pardessus, a contribué à nourrir la légende de ce héros de la Résistance. Elle a été prise par son ami d'enfance au cours de l'hiver 1939, près de la promenade du Peyrou, aux Arceaux à Montpellier. Il est alors préfet d'Eure-et-Loir. Pionnier de la résistance Après la guerre, une telle cérémonie n'allait pas de soi. A la Libération, le premier président du Conseil national de la résistance (CNR), celui qui a su unifier les mouvements de Résistance, était célébré parmi d'autres, chaque réseau ayant son propre "héros". Charles de Gaulle a toutefois décidé de l'ériger en symbole de la Résistance, aux dépens par exemple d'une autre figure, cerveau de la lutte clandestine et esprit rebelle, Pierre Brossolette, pourtant plus connu, après guerre, que Moulin. Mais, contrairement à Brossolette, le "préfet-citoyen" a toujours été d'une loyauté irréprochable au chef de la France libre. Justice a finalement été rendue : les cendres de Brossolette, avec celles de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Jean Zay seront transférées en mai 2015 au Panthéon. Pour autant, Jean Moulin, le haut-fonctionnaire qui rachetait, aux yeux des gaullistes, les turpitudes de Vichy, possédait toutes les caractéristiques pour devenir ce héros éponyme : "c'est un pionnier de la résistance, un chef, à la fois homme de l'ombre et homme de Londres et il est mort en héros", notait l'historien Laurent Douzou. Sa renommée post-mortem est due aussi à son absence d'engagement politique : "les communistes n'ont pas cherché à récupérer sa mémoire et le gaullisme n'a pas tout accaparé", rendant cette mémoire "quasi consensuelle", selon l'historien Jean-Pierre Azéma. Plus jeune préfet de France Jean Moulin naît le 20 juin 1899 à Béziers (Hérault). Montrant très jeune d'évidents talents artistiques, il étudie pourtant le droit et rejoint la préfectorale. De 1925 à 1930, il est sous-préfet d'Albertville. Il devient chef de cabinet de Pierre Cot, ministre de l'Air en 1936 dans le gouvernement Blum et est nommé en 1937 préfet de l'Aveyron (il est alors le plus jeune préfet de France), puis, en 1939, d'Eure-et-Loir. Il fait face, à Chartres, à l'effondrement de l'armée et du pays lors de l'avance fulgurante des Allemands. C'est cette même année qu'a été prise sa photo, devenue célèbre, le montrant avec son écharpe et son feutre au bord rabattu, comme pour rester incognito. Elle a sans aucun doute contribué à faire de Jean Moulin le héros-résistant, collant parfaitement à l'idée qu'on s'en faisait. En juin 1940, il est arrêté par les Allemands : ceux-ci exigent qu'il accuse, à tort, des tirailleurs sénégalais de l'armée française d'avoir commis des atrocités envers des civils. Il refuse. Frappé, craignant de parler sous le torture, il tente de se suicider en se tranchant la gorge avec des morceaux de verre. Il survit à ses blessures. Le régime de Vichy n'hésite pas à le révoquer, trop marqué, à leurs yeux, "Front popu". En octobre 1941, ayant rejoint Londres, il est reçu par de Gaulle qui l'apprécie vite. Parachuté en France en janvier 1942, Jean Moulin, devenu Rex, puis Max dans la clandestinité, va s'employer à fédérer huit partis politiques des zones nord et sud, au sein du Conseil national de la Résistance (CNR). "C'était un homme qui avait beaucoup de charme. Personne ne lui résistait", a dit son secrétaire d'alors, devenu son biographe, Daniel Cordier. Le 21 juin 1943, il est arrêté à Caluire, en banlieue lyonnaise, lors d'une réunion secrète. Reconnu par la Gestapo, dirigée dans la région lyonnaise par Klaus Barbie, il est affreusement torturé. Il garde le silence et meurt, des suites des blessures infligées, le 8 juillet en gare de Metz dans le train le conduisant en Allemagne. Objet d'un véritable culte sur l'ensemble du territoire - des centaines de rues, lycées ou monuments portent son nom - Jean Moulin a longtemps suscité de vifs débats. En 1973, son image est écornée par un autre résistant, Henri Frenay, le qualifiant de "crypto-communiste" et soulignant ses liens avec notamment Pierre Cot, proche des communistes. Mais cette thèse a été critiquée par la majorité des résistants. Aujourd'hui, même si les circonstances de son arrestation à Caluire continuent de diviser les spécialistes, le personnage historique a réconcilié tout le monde...

Lucie-y

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